Les principes fondamentaux de l’esthétique byzantine ou « canons » ont été posés entre le VIe et le IXe siècle. L’iconographe ne peut s’éloigner de ces canons sans risque de commettre de graves erreurs, puisqu’il ne s’agit pas d’exprimer sa propre vérité, mais la vérité de Dieu.


Un monde de symboles



Dans l’art de l’icône, les couleurs, les formes, les proportions sont dégagées de toute intention de représentation réaliste. L’art de Byzance s’éloignant peu à peu de la représentation de la nature en trois dimensions, idéalisée dans le monde antique, pour devenir le reflet d’un monde céleste abstrait où il n’y a plus de dimensions.

Chaque couleur revêt ainsi une symbolique particulière :

- L’or, couleur incréée, symbolise la divinité, l’éternité, la lumière éblouissante.
- Le bleu du manteau ("himation") du Christ symbolise son caractère céleste, infini, sage et mystérieux.
- La pourpre était dans le monde antique en général et byzantin en particulier, la couleur du vêtement impérial. Le manteau de la Vierge est de cette couleur, symbole ici de royauté et de divinité, puisque Dieu l’a choisie pour être la Mère du Roi du monde.
- Le rouge peut symboliser d’une façon positive la vie, l’amour, la passion, le sang, le sacrifice, lorsqu’on le retrouve dans le vêtement des martyrs par exemple, ou bien négativement : le péché, l’orgueil diabolique, l’enfer.
- Le vert est la couleur de la régénérescence, de la vie et de la fécondité.
- Le noir, couleur du tombeau de Lazare, signifie l’angoisse, la mort.
- Le blanc, couleur de linceul, peut être associé à la mort, ou bien à la pureté.

Les saints, sur les icônes, sont presque toujours de face : ils accueillent celui qui les regarde dans la prière. Les formes et proportions des corps sont également chargées de sens. Les yeux immenses, les oreilles réduites, les lèvres fines et pures, la sagesse du front dilaté, indiquent un être pacifié et illuminé par la grâce. La lumière et la paix pénètrent et ordonnent les attitudes, les vêtements, l’ambiance qui entoure les saints représentés.

proportions
Les proportions du visage de ce saint Michel
sont plus conventionnelles que réalistes

Autour des saints personnages, les plantes et animaux, les paysages sont « abstraits », témoignant de leur essence divine ; les architectures paraissent « surréalistes », défiant la géométrie de ce monde.

La lumière de l’icône symbolise la lumière divine. Elle semble provenir de l’intérieur même des personnages et illumine sans créer d’ombre.



La perspective inversée


un livre
Livre en perspective inversée

Cette expression, créée par Florensky au début du XXe siècle, désigne deux phénomènes :

- Le point de fuite ne se trouve pas à l’intérieur de la composition, mais en un point situé devant la composition, du côté du spectateur.

- La composition s’organise selon plusieurs perspectives simultanées.

Ce type de perspective se retrouve essentiellement dans la représentation des architectures, du mobilier (trônes), des objets (livres) ou bien des paysages rocheux, leur conférant un aspect un peu étrange, parfois perçu comme maladroit. Il n’en est bien sûr rien. Cet aspect procède d’une intention de l’iconographe.

D’après Egon Sendler :"L’icône est le contraire d’une peinture de la Renaissance : elle n’est pas une fenêtre par laquelle l’esprit humain doit pénétrer dans un monde représenté, mais elle est un lieu de présence. Dans la perspective inversée, c’est l’espace qui est actif et non celui qui regarde."



Les grands types de représentation



Le Christ


Le Christ "Pantocrator" (Tout-puissant)
Le type le plus répandu sous le nom de Pantocrator présente en buste un Christ barbu aux cheveux longs. La main droite est tendue dans un geste de bénédiction, la main gauche porte un livre ouvert ou fermé, symbole de la Loi. Une croix est inscrite sur le cercle du nimbe. Sur les bras de la croix figurent trois lettres grecques qui signifient « Celui qui est », le nom sacré de Dieu. Il est souvent réalisé dans la coupole centrale des églises. Il représente le Souverain maître de l’Univers et justicier, régnant sur le monde et l’ensemble de la création.

Le Christ en majesté
Le Christ est figuré assis frontalement sur un trône richement paré, bénissant et portant des écritures.

Le Christ "Acheiropoeitos"(Qui n’est pas fait de la main de l’homme)
Le visage du Christ, cerné d’un nimbe, est représenté en grand, remplissant presque tout l’espace du support, au-devant d’un rectangle de tissu blanc ou bien rouge. Son expression est sévère et miséricordieuse. Ce type très particulier fait écho au récit des icônes non faites de la main de l’homme (voir : "le miracle des premières icônes")



La Mère de Dieu "Theotokos"


La vierge "Hodigitria"(montrant la voie)
Il s’agirait du type le plus ancien et inspiré de l’icône initialement peinte par saint Luc. La Théotokos porte l’Enfant bénissant sur son bras gauche et le désigne de sa main droite, au spectateur qu’elle regarde, comme la « voie, la vérité et la vie ».

La vierge "Nikopoia" (qui donne la victoire)
Elle est assise, présentant à bout de bras l'Enfant divin.

La vierge "Platytera" (au sein assez vaste pour accueillir le Christ)
Marie est de face, les bras ouverts, levés dans une posture de prière. Elle peut être représentée seule, ou avec l’Enfant montré en buste et placé dans une mandorle sur la poitrine de sa Mère. Tournée vers les fidèles, son regard les invite à s’en remettre au Christ.

La vierge "Glycophilousa" ou "Eleousa" (la Miséricordieuse)
La Vierge porte l’Enfant sur son bras droit et une douce étreinte joue contre joue les unit dans une grande tendresse. La Tradition interprète ce geste comme le moment où le Dieu-Enfant révèle à sa Mère le mystère de la mort et de la Résurrection.



Saints et saintes


Un certain nombre de saints vénérés par l'église orthodoxe lui sont propres ; la plupart toutefois sont communs à ceux inscrits au calendrier catholique, à condition que leur culte soit antérieur au schisme de 1054.

Saint Georges : un saint guerrier
Né en Cappadoce de parents chrétiens, Georges, officier dans l'armée romaine, aurait délivré une ville d'un monstre sanguinaire, dont il aurait triomphé avec l'aide du Christ. Il succombera par la suite lors des persécutions dioclétiennes. Il est représenté comme un jeune guerrier en armure, souvent à cheval et terrassant un dragon. Il symbolise la victoire de la Foi sur le Mal.

Saint Nicolas : un saint populaire
Le culte de saint Nicolas se développe au sein de l'église grecque avant de se répandre dans l'ensemble de l'Occident. Nicolas aurait été l'évêque de Myre en Anatolie, au IIIe siècle. De nombreux miracles lui sont attribués. Il est traditionnellement figuré en évêque, dans la force de l'âge : barbu, le front dégarni avec des pommettes marquées. Le "phelonion" qu’il porte est souvent orné de trois croix noires, qui symbolisent les liens du Christ sur le chemin de croix. Il porte également un évangile orné de pierreries. Son portrait s’accompagne souvent des scènes historiées représentant les épisodes fameux de sa vie et ses miracles.

Sainte Catherine d’Alexandrie : une sainte martyre
Issue d'une famille noble d'Alexandrie, Catherine aurait refusé d'épouser l'empereur en personne, en raison de son "mariage mystique" avec le Christ; Catherine est condamnée à être déchirée par une roue garnie de pointes qui se brise miraculeusement. La martyre sera finalement décapitée. Elle est le plus souvent représentée trônant, portant la couronne du martyre, avec à ses côtés la ou les roues de son supplice, ou bien l'épée de la décollation.



Anges et archanges


Mentionnés à de nombreuses reprises dans les textes bibliques de l'Ancien et du Nouveau Testament, les anges assurent la liaison entre Dieu et les hommes, entre le Ciel et la Terre. Ils sont les messagers de Dieu.
A la différence des anges, chacun des archanges porte un nom. Les pères de l'église et les théologiens du Moyen-Age ont retenu sept archanges, dont les plus connus sont Michel, Gabriel et Raphaël. Ils sont les serviteurs et les messagers du Seigneur ; ils sont aussi les protecteurs qui défendent le Ciel et la Terre contre les démons, fonction plus spécialement confiée à saint Michel.

L’archange Saint Michel

Michel est le chef de la milice céleste et le défenseur de l'Eglise. A ce titre, il combat contre les anges rebelles et contre le dragon de l'Apocalypse. Il est alors représenté ailé, vêtu d’une armure, transperçant une figure du diable avec sa lance. Il est presque toujours représenté à pied ou dans les airs, ce qui permet de le distinguer de saint Georges qui est à cheval.

Il est également psychopompe, c'est-à-dire qu'il conduit les âmes des défunts au Ciel. Il apparaît alors tenant une âme dans la main, figurée sous le forme d'un petit personnage ou d'un enfant emmailloté, ou bien tenant une balance : celle de la pesée des âmes. Mais saint Michel peut encore être représenté en buste, portant le bâton du messager et la sphère, symbole de l’univers.


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